La conservation des plantes est le plus souvent présentée comme un enjeu écologique. Elle est aussi, très concrètement, un enjeu de recherche : chaque espèce qui disparaît emporte avec elle une chimie que personne n'a décrite et que personne ne pourra reconstituer.

Un inventaire loin d'être achevé

Environ 400 000 espèces de plantes à fleurs sont aujourd'hui décrites, et les botanistes en publient encore près de deux mille nouvelles chaque année. Sur ce total, une fraction très minoritaire a fait l'objet d'une analyse chimique un tant soit peu poussée. Pour la grande majorité des espèces, nous ne disposons d'aucune donnée au-delà de la description morphologique.

Autrement dit, la bibliothèque chimique que constitue le règne végétal reste largement inexplorée, et une partie de ses volumes disparaît avant d'avoir été ouverte.

Les endémiques en première ligne

Les espèces à répartition restreinte concentrent le risque. Une plante qui ne pousse que sur un massif, une île ou un type de sol particulier peut disparaître à la suite d'un seul événement : un défrichement, un incendie, l'introduction d'un herbivore.

Ces espèces sont aussi, statistiquement, celles qui présentent les profils chimiques les plus originaux. L'isolement géographique et les contraintes écologiques fortes favorisent des solutions métaboliques particulières. Les zones à forte endémicité — bassin méditerranéen, Cap floristique sud-africain, Nouvelle-Calédonie, forêts andines — cumulent donc l'intérêt scientifique le plus élevé et la vulnérabilité la plus grande.

Conserver de deux façons

La conservation in situ, dans le milieu naturel, reste la seule qui préserve les interactions écologiques et la capacité d'évolution des populations. C'est l'objectif des aires protégées et des plans de gestion d'habitat.

La conservation ex situ complète le dispositif : jardins botaniques, collections vivantes, et surtout banques de graines. Les semences de nombreuses espèces conservent leur pouvoir germinatif plusieurs décennies à basse température et faible humidité. Certaines graines, dites récalcitrantes, supportent mal la dessiccation et exigent des méthodes plus lourdes, comme la cryoconservation de tissus.

Un cadre juridique à connaître

Depuis le protocole de Nagoya, entré en vigueur en 2014, l'accès aux ressources génétiques et le partage des avantages issus de leur utilisation sont encadrés par le droit international. Un chercheur qui souhaite travailler sur une plante collectée à l'étranger doit obtenir un consentement préalable de l'État d'origine et négocier des conditions convenues d'un commun accord.

Ce cadre a alourdi les procédures, mais il a mis fin à des pratiques d'appropriation qui avaient durablement dégradé la confiance entre équipes de recherche et pays fournisseurs. Nos programmes de collecte s'y conforment systématiquement.