Une plante séchée, aplatie, cousue sur une feuille de papier fort, accompagnée d'une étiquette manuscrite indiquant le lieu et la date de récolte. Le procédé remonte au XVIe siècle et n'a pratiquement pas changé. À l'heure des banques de données génomiques, l'herbier reste pourtant l'un des outils les plus utilisés de la botanique.

Un objet de référence

Quand un botaniste décrit une espèce nouvelle, il désigne un spécimen de référence, appelé holotype, qui est déposé dans une collection publique. Toute contestation ultérieure sur l'identité de l'espèce se règle en retournant à cet échantillon. Le nom scientifique n'est pas attaché à une description, il est attaché à un objet physique conservé dans un tiroir.

Cette convention explique pourquoi les grands herbiers du monde — plusieurs millions de planches pour les plus importants — sont considérés comme des infrastructures de recherche au même titre qu'un télescope ou un accélérateur de particules.

Ce qu'une planche conserve

Un spécimen bien préparé conserve bien plus qu'une silhouette. On peut en extraire de l'ADN, parfois sur des échantillons vieux de deux siècles. On peut mesurer la densité des stomates sur une feuille et en déduire la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone au moment de la récolte. On peut analyser la composition chimique des tissus, avec les précautions qu'impose le vieillissement du matériel.

Les étiquettes, souvent négligées, portent une information devenue précieuse : elles indiquent où une espèce poussait à une date donnée. En agrégeant des centaines de milliers d'étiquettes, les chercheurs reconstituent les déplacements d'aires de répartition sur deux cents ans et documentent l'effet du changement climatique sur la flore.

La numérisation change l'échelle

Depuis une quinzaine d'années, les grandes collections photographient et mettent en ligne leurs planches en haute définition. Plusieurs dizaines de millions de spécimens sont désormais consultables librement. Un chercheur peut examiner en une matinée des échantillons répartis sur quatre continents, ce qui demandait autrefois des mois de correspondance et de déplacements.

La reconnaissance automatique d'images commence à s'appliquer à ces corpus, avec des résultats inégaux : elle fonctionne bien pour les familles bien représentées, beaucoup moins pour les groupes rares ou les spécimens mal conservés. Le travail de détermination reste, pour l'essentiel, une affaire de spécialistes.

Constituer son propre herbier

La pratique reste accessible. Il faut un sécateur, du papier journal, une presse — deux planches de contreplaqué et des sangles suffisent — et de la patience : le séchage demande une à trois semaines avec des changements de papier réguliers.

La règle essentielle est éthique autant que scientifique : ne jamais prélever une espèce protégée, ne jamais épuiser une population locale, et noter systématiquement le lieu, la date et l'habitat. Un spécimen sans étiquette n'a aucune valeur documentaire.

Le centre conserve pour sa part une collection de référence de plus de 5 000 espèces, dont les données de récolte alimentent l'ensemble de nos travaux de comparaison.