L'ethnobotanique étudie les relations entre les sociétés humaines et les plantes : ce qu'on en mange, ce qu'on en construit, ce qu'on en tisse, ce qu'on en tire pour teindre, pour parfumer ou pour fabriquer des outils. C'est une discipline de terrain, à la croisée de la botanique et de l'anthropologie, et c'est souvent par elle que commence un programme de recherche en chimie végétale.

Un filtre empirique

Face à une flore locale comptant plusieurs milliers d'espèces, un laboratoire doit choisir par où commencer. L'analyse systématique de tout ce qui pousse serait ruineuse. Les usages traditionnels fournissent un point d'entrée : si une communauté emploie une plante précise pour une fonction précise depuis des générations, il est raisonnable de penser que cette plante possède une propriété particulière.

Une écorce qui donne une teinture stable à la lumière, une fibre qui résiste à l'humidité, un bois qui ne se déforme pas, une plante qui éloigne les insectes d'un grenier : chacun de ces usages désigne une chimie qui vaut la peine d'être décrite.

Une méthode exigeante

Le travail de terrain suppose du temps et une relation de confiance. On documente le nom vernaculaire, la partie de la plante utilisée, le mode de préparation, la fréquence d'usage et le contexte social de l'emploi. On collecte un spécimen d'herbier pour l'identification botanique, faute de quoi les données sont inexploitables : un même nom local désigne fréquemment plusieurs espèces distinctes selon les vallées.

La rigueur méthodologique compte autant qu'en laboratoire. Une enquête mal conduite produit des listes d'usages invérifiables, dont la littérature ethnobotanique n'est pas exempte.

Des domaines très variés

  • L'alimentation : variétés locales de céréales et de légumineuses, techniques de conservation, plantes de disette employées les mauvaises années.
  • Les teintures : sources de pigments, mordants utilisés, procédés qui rendent une couleur résistante au lavage.
  • Les fibres et les matériaux : vannerie, cordage, couverture, bois d'œuvre choisis pour leur durabilité.
  • L'agriculture : associations de cultures, plantes utilisées pour protéger un stock ou pour enrichir un sol.

La question du retour

Pendant longtemps, les savoirs recueillis ont alimenté des programmes de recherche sans que les communautés concernées en tirent quoi que ce soit. Plusieurs affaires de brevets déposés sur des usages documentés localement ont marqué les esprits et abouti à des annulations retentissantes.

Le protocole de Nagoya encadre désormais ces échanges en imposant un consentement préalable et un partage négocié des avantages. Au-delà de l'obligation juridique, la plupart des équipes considèrent aujourd'hui que la restitution des résultats aux communautés partenaires fait partie du travail, et non d'un supplément facultatif.

Une discipline sous contrainte de temps

Les savoirs ethnobotaniques se transmettent oralement. L'exode rural, la scolarisation en langue nationale et la disparition des langues locales en interrompent la chaîne. On estime qu'une langue disparaît toutes les deux semaines environ, et avec elle un vocabulaire botanique que personne n'a consigné.

De ce point de vue, l'ethnobotanique fonctionne comme les herbiers : elle documente un état des connaissances avant qu'il ne devienne inaccessible.